Fabrice Faurre #croissancebleue

Publié le :
July 31, 2020
Date de l'évènement :

Rencontre avec Fabrice FAURRE, notre spécialiste en nautisme durable et collecte de déchets marins

Fabrice Faurre, fondateur et gérant de la SCIC T.E.O

Qui suis-je ?

Je suis originaire de Sologne et je n’ai découvert l’océan qu’à l’âge de 7 ans lors d’une colonie de vacances : cela a été un véritable choc. J’ai été subjugué par l’horizon : je voulais absolument savoir ce qu’il y avait derrière. A 16 ans, je me suis donc engagé dans la Marine Nationale et j’y suis resté pendant 3 ans. A mon retour, j’ai connu un moment de flottement. Dans un CDIJ de Paris, je suis tombé sur l’annonce d’une école de voile basée sur l’Ile d’Yeu – le Centre Autogéré de Voile et d’Animation Locale (CAVAL) - proposant une formation de chef de bord. Je m’y suis donc rendu pour suivre la formation. Nous étions au milieu des années 70 et l’association était marquée par le mouvement post 68. Toutes les décisions étaient débattues, partagées et la collégialité était de mise. Inutile de dire que les modes de pensée et de fonctionnement étaient assez différents de ceux que j’avais pu découvrir dans la Marine Nationale.

J’ai décidé de passer mon Diplôme d’Etat aux Fonctions d’Animation (aujourd'hui remplacé par le DEJEPS) pour devenir formateur. Et pendant 6 ans, j’ai assuré la formation de chef de bord au sein du centre, notamment auprès de jeunes en grande difficulté sociale. C’était la grande période de l’éducation populaire et la voile était considérée comme un outil pédagogique et d’émancipation.

En 1987, nous avons organisé une croisière thématique sur la protection de l’environnement. Avec trois voiliers, nous sommes descendus le long de la façade atlantique jusqu’au sud de l’Espagne, avant de remonter vers la méditerranée. Lors de nos escales, nous faisions la promotion du développement des stations d’épuration auprès des élus locaux pour les inciter à ne plus rejeter leurs eaux usées directement dans lamer. 80 jeunes issus des quartiers en provenance de toute la France ont participé à ce projet.

Avec ma compagne institutrice, nous avons ensuite organisé des croisières avec des jeunes en échec scolaire pour les aider à se reconstruire.

Puis nous avons décidé de construire notre propre voilier et de partir en voyage avec l’objectif de vivre le plus possible en autosuffisance. Après la naissance de notre fils, nous sommes donc partis pour une traversée de l’Atlantique qui nous a conduit jusqu’au Vénézuela. Après cette première expérience – et suite à la naissance de notre fille – nous sommes repartis pour un voyage qui a cette fois duré 13 ans. Nous avons vécu à Cuba, à Saint-Pierre-et-Miquelon, aux Iles Marquises, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie… Nous avons travaillé dans chacun de ces pays. Aux Iles Marquises, nous avons notamment créé un chantier de construction pour bâtir un bateau de 21 mètres avec de jeunes adultes. Et pendant notre « escale » de 4 ans en Nouvelle-Calédonie, j’ai passé mon diplôme de directeur de projet jeunesse et sport. Nous sommes revenus en France en 2009 pour que nos enfants puissent poursuivre leurs études. Comme ma compagne était originaire de Rochefort, nous avons fait le choix de nous installer à La Rochelle.

Cette ville nous a particulièrement plu, car à la différence de beaucoup d’endroits ou nous avons vécu, il est très facile de s’y intégrer et de participer à la vie locale.

Création de la société TEO

C’est à La Rochelle que j’ai créé la société TEO, en débutant sous le statut d’autoentrepreneur avant d’évoluer en société coopérative (SCIC) adossé à une SARL. Mon objectif premier était de créer une entreprise-école autour de la construction de pirogues, en y impliquant des jeunes. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui en lien avec l’AFPA dans le cadre du programme Taho’e. Ces pirogues, destinées à des clubs et des associations, sont un moyen pour envisager d’autres modalités de fabrication, en réfléchissant aux moyens de réduire le plus possible l’impact de leur fabrication, de développer une recyclabilité optimale tout en cherchant à préserver la santé des technicien-nes chargé-es de leur fabrication. C’est une sorte de laboratoire dont le champ d’application peut très largement concerner le champ du nautisme dans son ensemble.

Parallèlement à ce projet, et après avoir constaté la présence de plus en plus importante de plastiques lors de mes promenades sur le littoral, j’ai développé le programme Trait Bleu autour des bacs à marée que l’on retrouve aujourd’hui sur une grande partie du littoral charentais. Ces bacs permettent la collecte raisonnée de macrodéchets que nous analysons pour identifier leur provenance, pour apprendre à mieux les prendre en charge et pour développer des outils permettant d’en réduire la quantité. En lien avec cette dynamique, j’envisage de créer prochainement une formation « ouvrier du littoral » de niveau CAP/BEP à destination des jeunes pour travailler encore plus efficacement sur cette problématique de dépollution du littoral.

Notre réseau de partenaires

TEO travaille avec de nombreux partenaires : les 16 communes du littoral de Charente-Maritime qui accueillent un ou plusieurs bacs à marée, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Ministère de la transition écologique… Mais aussi la CCI de La Rochelle pour laquelle je préside la commission Economie Maritime et l’Atlantic Cluster qui dispose d’une commission "management environnemental".

Et puis il y a La Proue et ses acteurs qui incarnent pour moi le décloisonnement, le mélange et bien sûr la jeunesse grâce aux actions du CDIJ, de Kpa-Cité et du Collectif Actions Solidaires. Dans le cadre de cet écosystème et du futur tiers-lieu, je souhaite pouvoir contribuer à la création d’un espace dédié à l’Océan, un espace qui puisse réunir les énergies rochelaises qui concourent à sa préservation. L’aventure portée par La Proue est pour moi passionnante parce qu’elle interroge de nouveaux modes de fonctionnement, d’interactions et de transversalités.